Snowy Owl
Retired in 2010, In Memoriam
Questions au Dr Catherine Gaud, immunologiste et vice-pr?sidente de la r?gion R?union
http://www.lexpress.mu/display_article.php?news_id=72528
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<table align="left" border="0" cellpadding="0" cellspacing="0"> <tbody> <tr> <td align="center" valign="bottom">
</td></tr></tbody></table>● Comment vous-?tes-vous retrouv?e associ?e au chikungunya?
Je suis une immunologiste, soit un m?decin sp?cialis? dans les maladies du sang et du syst?me immunitaire. Je m?occupe donc des maladies virales dont le VIH-sida. Je suis ?galement vice-pr?sidente de la r?gion R?union pour les questions de sant?. Pour ces raisons, j?ai ?t? en premi?re ligne pour cette maladie.
Le chikungunya touche ? l?immunologie car il existe une forme chronique de l?infection qui se manifeste par des douleurs articulaires r?cidivantes et tr?s invalidantes durant des mois, voire des ann?es, apr?s l?infection initiale. Elles sont en relation avec un conflit immunologique et non avec le virus lui-m?me.
● Quel a ?t? le sch?ma du chikungunya ? la R?union ?
Le chikungunya a touch? notre ?le pour la premi?re fois en mars
2005. L??pid?mie a diminu? pendant l?hiver, puis a augment? progressivement, avec un pic en f?vrier ? 45 000 personnes touch?es par semaine. Au total, un peu moins de 300 000 R?unionnais sur une population de 770 000, ont ?t? touch?s ? ce jour. Moins de 300 personnes en sont mortes. C??tait presque toutes des personnes ?g?es ou porteuses de maladies s?v?res, deux enfants et un nouveau-n?. Sept adultes sains sont aussi d?c?d?s, essentiellement de complications cardiaques, pulmonaires et c?r?brales.
● Une premi?re contamination au chikungunya permet-elle de d?velopper des anticorps ?
La prudence me pousse ? dire que l?on n?a pas de certitude ? 100 % mais ? 99 %. Les anticorps sont protecteurs pendant au moins quelques ann?es.
● O? en sont les recherches m?dicales ?
Un essai clinique est presque finalis? sur la Nivaquine versus le placebo chez les patients nouvellement contamin?s. Cette mol?cule est tr?s efficace in vitro, inhibant totalement la r?plication virale. Il en va de m?me pour le vaccin de l?arm?e am?ricaine. Ce vaccin vivant att?nu? est tr?s efficace. Il a ?t? mis au point il y a quelques ann?es car le chikungunya ?tait une arme biologique. L?institut Pasteur et l?Institut national de la sant? et de la recherche m?dicale l??tudie ? nouveau pour voir s?il peut ?tre r?utilis?. Il faut souligner qu?une mutation virale a ?t? mise en ?vidence lors de l??pid?mie r?unionnaise ? la fin de janvier, d?but f?vrier. Ce qui explique en partie l?apparition de cas s?v?res.
● Quelles ont ?t? les cons?quences ?conomiques et sociales du chikungunya ? la R?union ?
La principale cons?quence a ?t? la chute par 70 % des revenus de l?industrie touristique. Les autres secteurs ont ?t? assez peu touch?s. Au niveau social, la population a ?t? traumatis?e voire d?prim?e et une peur irraisonn?e s?est empar?e d?elle. Peur tr?s attis?e par les m?dias, il faut bien le dire. Par ailleurs, il n?y a pas eu de consensus aupr?s des d?cideurs, qui, ? mon avis, n?ont pas fait preuve de suffisamment de coh?sion dans une r?ponse group?e ? cette probl?matique. Il y a eu beaucoup de pol?miques, de critiques et d?initiatives en solo.
● Comment entrevoyez-vous la situation du chikungunya dans nos ?les avec l?arriv?e prochaine de l??t? ?
Tout d?pendra des r?ponses concernant la Nivaquine et le vaccin, de la qualit? de la lutte communautaire pour d?truire les g?tes larvaires et de la s?ro-pr?valence dans la population. Lors d?une ?pid?mie de chikungunya, 80 % de la population est habituellement contamin?e. Si ce sch?ma s?av?re durant les prochains mois, nous n?aurons pas grand-chose ? craindre ? la R?union. Si le taux d?attaque a ?t? moindre et qu?une grande partie de la population n?est pas immunis?e, il y a beaucoup ? craindre car les moustiques, eux, ont la vie dure. De plus, nous sommes tr?s d?munis pour lutter contre l?aedes algopictus qui est plus difficile ? combattre que l?anoph?le. Ce qui fait qu?on ne puisse parler d??radication le concernant.
● En quoi consiste la lutte communautaire ?
Elle consiste en une appropriation par la population de la lutte contre les g?tes larvaires. Elle repr?sente 80 % du combat contre le vecteur et passe tout simplement par une ?ducation ? la population qui doit, de fa?on permanente, supprimer les g?tes dans lesquels se d?veloppent les ?ufs puis les larves, c?est-?-dire, les flaques d?eau croupie dans les soucoupes, les feuilles mortes, les goutti?res, les cannettes etc. C?est une lutte m?canique tr?s simple et non polluante, mais qui doit ?tre r?p?t?e chaque semaine au minimum pendant des ann?es.
● Pourquoi est-ce important pour les autorit?s de dire la v?rit? au sujet du chikungunya ?
C?est important pour rester cr?dible dans l?avenir. Si l?on est honn?te, on ne peut pas dire aux touristes qu?il ne se passe rien. En leur disant la v?rit?, ils nous croiront ?galement lorsque nous dirons que le danger est ?cart?. C?est une question d??thique, une fa?on de se comporter dans l?existence. Cette id?e est ?galement valable pour la population de nos ?les qui sont en droit d?avoir une information claire et pr?cise sur la situation r?elle.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIP?NE
Je suis une immunologiste, soit un m?decin sp?cialis? dans les maladies du sang et du syst?me immunitaire. Je m?occupe donc des maladies virales dont le VIH-sida. Je suis ?galement vice-pr?sidente de la r?gion R?union pour les questions de sant?. Pour ces raisons, j?ai ?t? en premi?re ligne pour cette maladie.
Le chikungunya touche ? l?immunologie car il existe une forme chronique de l?infection qui se manifeste par des douleurs articulaires r?cidivantes et tr?s invalidantes durant des mois, voire des ann?es, apr?s l?infection initiale. Elles sont en relation avec un conflit immunologique et non avec le virus lui-m?me.
● Quel a ?t? le sch?ma du chikungunya ? la R?union ?
Le chikungunya a touch? notre ?le pour la premi?re fois en mars
2005. L??pid?mie a diminu? pendant l?hiver, puis a augment? progressivement, avec un pic en f?vrier ? 45 000 personnes touch?es par semaine. Au total, un peu moins de 300 000 R?unionnais sur une population de 770 000, ont ?t? touch?s ? ce jour. Moins de 300 personnes en sont mortes. C??tait presque toutes des personnes ?g?es ou porteuses de maladies s?v?res, deux enfants et un nouveau-n?. Sept adultes sains sont aussi d?c?d?s, essentiellement de complications cardiaques, pulmonaires et c?r?brales.
● Une premi?re contamination au chikungunya permet-elle de d?velopper des anticorps ?
La prudence me pousse ? dire que l?on n?a pas de certitude ? 100 % mais ? 99 %. Les anticorps sont protecteurs pendant au moins quelques ann?es.
● O? en sont les recherches m?dicales ?
Un essai clinique est presque finalis? sur la Nivaquine versus le placebo chez les patients nouvellement contamin?s. Cette mol?cule est tr?s efficace in vitro, inhibant totalement la r?plication virale. Il en va de m?me pour le vaccin de l?arm?e am?ricaine. Ce vaccin vivant att?nu? est tr?s efficace. Il a ?t? mis au point il y a quelques ann?es car le chikungunya ?tait une arme biologique. L?institut Pasteur et l?Institut national de la sant? et de la recherche m?dicale l??tudie ? nouveau pour voir s?il peut ?tre r?utilis?. Il faut souligner qu?une mutation virale a ?t? mise en ?vidence lors de l??pid?mie r?unionnaise ? la fin de janvier, d?but f?vrier. Ce qui explique en partie l?apparition de cas s?v?res.
● Quelles ont ?t? les cons?quences ?conomiques et sociales du chikungunya ? la R?union ?
La principale cons?quence a ?t? la chute par 70 % des revenus de l?industrie touristique. Les autres secteurs ont ?t? assez peu touch?s. Au niveau social, la population a ?t? traumatis?e voire d?prim?e et une peur irraisonn?e s?est empar?e d?elle. Peur tr?s attis?e par les m?dias, il faut bien le dire. Par ailleurs, il n?y a pas eu de consensus aupr?s des d?cideurs, qui, ? mon avis, n?ont pas fait preuve de suffisamment de coh?sion dans une r?ponse group?e ? cette probl?matique. Il y a eu beaucoup de pol?miques, de critiques et d?initiatives en solo.
● Comment entrevoyez-vous la situation du chikungunya dans nos ?les avec l?arriv?e prochaine de l??t? ?
Tout d?pendra des r?ponses concernant la Nivaquine et le vaccin, de la qualit? de la lutte communautaire pour d?truire les g?tes larvaires et de la s?ro-pr?valence dans la population. Lors d?une ?pid?mie de chikungunya, 80 % de la population est habituellement contamin?e. Si ce sch?ma s?av?re durant les prochains mois, nous n?aurons pas grand-chose ? craindre ? la R?union. Si le taux d?attaque a ?t? moindre et qu?une grande partie de la population n?est pas immunis?e, il y a beaucoup ? craindre car les moustiques, eux, ont la vie dure. De plus, nous sommes tr?s d?munis pour lutter contre l?aedes algopictus qui est plus difficile ? combattre que l?anoph?le. Ce qui fait qu?on ne puisse parler d??radication le concernant.
● En quoi consiste la lutte communautaire ?
Elle consiste en une appropriation par la population de la lutte contre les g?tes larvaires. Elle repr?sente 80 % du combat contre le vecteur et passe tout simplement par une ?ducation ? la population qui doit, de fa?on permanente, supprimer les g?tes dans lesquels se d?veloppent les ?ufs puis les larves, c?est-?-dire, les flaques d?eau croupie dans les soucoupes, les feuilles mortes, les goutti?res, les cannettes etc. C?est une lutte m?canique tr?s simple et non polluante, mais qui doit ?tre r?p?t?e chaque semaine au minimum pendant des ann?es.
● Pourquoi est-ce important pour les autorit?s de dire la v?rit? au sujet du chikungunya ?
C?est important pour rester cr?dible dans l?avenir. Si l?on est honn?te, on ne peut pas dire aux touristes qu?il ne se passe rien. En leur disant la v?rit?, ils nous croiront ?galement lorsque nous dirons que le danger est ?cart?. C?est une question d??thique, une fa?on de se comporter dans l?existence. Cette id?e est ?galement valable pour la population de nos ?les qui sont en droit d?avoir une information claire et pr?cise sur la situation r?elle.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIP?NE