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Après la crise financière, la guerre civile ?

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    GEAB N°89 est disponible ! Crise systémique globale 2015 – Les dynamiques d’avenir éloignent l’Europe des logiques de guerre du camp occidental

    - Communiqué public GEAB N°89 (15 novembre 2014) -


    GEAB N°89 est disponible ! Crise systémique globale 2015 – Les dynamiques d’avenir éloignent l’Europe des logiques de guerre du camp occidental
    Depuis 2006, le GEAB analyse l’évolution et anticipe les étapes à venir de ce que nos équipes appellent depuis le début une « crise systémique globale ». Le fait que nous soyons bien en « crise » depuis 2008 ne fait plus doute pour personne. Que cette « crise » soit « globale » est également communément admis. Mais le monde a-t-il bien pris la mesure de la dimension « systémique » de cette crise ?

    La partie visible de ce changement de système sur lequel tout le monde s’accorde désormais, c’est l’apparition de nouveaux très gros acteurs internationaux remettant en question l’ordre mondial instauré par les États-Unis lors de l’effondrement du bloc soviétique.

    C’est ainsi que dans le GEAB, nous parlons depuis longtemps de cette tendance lourde de multipolarisation du monde imposant de réformer les instances internationales existantes ou/et, en cas d’échec sur ce point, d’inventer une nouvelle gouvernance mondiale (un processus d’invention dans lequel nous estimons que l’Europe avait un rôle historique à jouer compte tenu de son expérience unique d’intégration d’entités étatiques de tailles et de natures différentes).

    Mais il est une autre tendance lourde dont chacun admettra le caractère profondément restructurant, c’est l’internet qui, au-delà de sa contribution à la facilitation des échanges commerciaux et à la globalisation des économies, connecte de facto en un corps social organique la totalité de l’humanité grâce à un « système » en réseau profondément différent des systèmes pyramidaux hérités du XIXe siècle qui fondent pourtant officiellement toujours nos « systèmes » socio-politico-institutionnels nationaux, inter-nationaux et supra-nationaux (1).

    Ces deux grandes tendances combinées aident à se faire une idée de ce à quoi ressemblera le monde de demain : un corps social global en réseau largement auto-organisé et dont il reste à inventer le modèle institutionnello-politique de gouvernance. On devine à cet énoncé de la problématique à laquelle le monde est confronté que ce modèle consistera en petites structures plates de coordination politique (2) intégrées aux réseaux humains relevant de leur compétence administrative (3).

    Mais avant que ce système ne soit officialisé, toute la difficulté consiste à intégrer à ces dynamiques d’avenir l’ancien système pyramidal… ou à s’en débarrasser. Notre équipe estime que c’est à ce combat que le monde assiste actuellement : logiques d’empire vs combinaison d’entités politiques indépendantes entre elles, démocratie représentative vs participation citoyenne directe organisée, pyramides vs réseaux, colonisation militarisée vs commerce globalisé et régulé, systèmes nationaux vs systèmes post-nationaux, pétrole contre énergies renouvelables, économie lourde vs économie numérique, banques vs flux financiers, emploi vs activité professionnelle en ligne, institutions ONU vs club BRICS, etc.

    Les acteurs du monde d’avant, en raison surtout d’une totale incompréhension des ressorts caractéristiques de la société de demain, ont actuellement recours à tous les outils classiques de la domination (finance, armée, religion ou idéologie) pour bloquer l’évolution « naturelle » du monde. Ce combat est voué à l’échec, c’est une certitude, mais selon la vitesse à laquelle ces acteurs se fondront au nouveau mode d’organisation, les dégâts infligés à l’humanité peuvent être considérables.

    C’est dans ce paysage de transformation systémique du monde que notre équipe a souhaité planter son habituelle analyse de l’actualité récente : influence de la Chine et des BRICS sur l’actualité économique et géopolitique, fin de l’enlisement euro-russe au milieu de l’arsenal ukrainien, crise cardiaque des États-nations en Europe, espoir de résurrection par le niveau européen.


    La globalisation à la chinoise reprend son cours

    Le mois dernier nous analysions que le monde devenait chinois. Ce mois-ci un certain nombre d’événements internationaux nous montrent ce que ce fait change en matière de gouvernance mondiale :

    . pour la première fois, les États-Unis acceptent de réduire leurs émissions de carbone de 28% à l’horizon 2025 dans le cadre d’un accord américano-chinois sur le réchauffement climatique (4). On note dans cet accord qu’il est en réalité beaucoup plus contraignant pour les Américains que pour les Chinois qui ne s’engagent qu’à renverser l’augmentation de leurs émissions en 2030 ! Même s’il est probable que le Congrès refuse de voter une telle orientation stratégique, cet accord constitue le premier du genre où une négociation bilatérale impliquant les États-Unis se signe à l’avantage de l’autre. Cet accord intègre en outre un principe de réalité : les Chinois émettent 7 tonnes de CO2 par an et par personne tandis que les Américains en émettent 16. Depuis longtemps, tout le monde sait que c’est aux États-Unis de fournir un vrai effort ; mais depuis longtemps les États-Unis préfèrent mettre en avant les chiffres d’émissions cumulés pour la Chine entière dans le but réel d’utiliser l’agenda environnemental pour faire pression contre le développement de la Chine et l’explosion de sa consommation de pétrole (risquant de tirer les prix trop haut).

    . la semaine dernière, le sommet de l’APEC qui s’est tenu à Pékin les 8-10 novembre marque des avancées considérables dans tous les domaines et le rôle leader de la Chine dans ces dynamiques (5) : l’accord environnemental US-Chine dont on vient de parler, mais aussi la libéralisation du commerce tous azimuts avec des accords en matière de visas, change, sécurité, environnement et commerce entre les États-Unis et la Chine, un traité de libre-échange entre la Chine et la Corée du Sud (pourtant un allié stratégique du fameux « pivot » américain en Asie), des éléments d’apaisement dans les disputes territoriales entre la Chine et différents pays d’Asie du Sud Est (Philippines, Japon, Vietnam) au nombre desquels la bonne volonté d’Abe Shinzo à calmer le jeu. De facto, l’agenda de globalisation reprend son cours, emmené cette fois par la Chine, ce qui change tout.

    . en marge de ce Sommet APEC, la Chine et le Canada cette fois s’engagent sur 2,5 milliards de dollars de contrats et sur des échanges en yuan. Si le mois dernier l’Europe et la Russie ont fait l’objet du même type d’opération de séduction de la part de la Chine, c’était donc au tour de l’Amérique du Nord ce mois-ci… à cette différence que les Chinois n’ont pas eu besoin d’aller à eux ; c’est eux qui se sont déplacés.

    . même le Sommet ASEAN des 9-13 novembre en Birmanie, terrain miné pour les Chinois compte tenu de l’importance donnée aux disputes territoriales dans la relation Chine-ASEAN, permet d’acter d’importants axes de résolution, à commencer par la reconnaissance de la légitimité des Chinois à réclamer un règlement bilatéral de ces disputes (6) , un traité d’Amitié Chine-ASEAN, le tout consacré par un prêt de 20 milliards de dollars de la part de la Chine…

    . le Sommet du G20 des 15-16 novembre à Brisbane en Australie a pour défi affiché de parvenir à initier enfin une réforme des organisations internationales en guise de preuve de son utilité. Le G20, en tant qu’enceinte représentative du monde du XXIe siècle, ne survivra pas à un échec sur ce point. Par cet ultimatum bien légitime, les BRICS prennent donc le contrôle de l’agenda du G20 qui se voit entraîné dans une recherche de solution au blocage par le Congrès américain de la réforme du FMI en particulier (devant consacrer le rôle accru des pays émergents et le doublement de son capital (7)). La méthode pour résoudre le blocage est même prévue : un découpage habile des objectifs de réforme au lieu d’un projet de réforme en bloc permettra de passer par des votes à la majorité et de contourner le droit de veto américain. L’enjeu est là, ainsi que les solutions ; gageons que même le G20 est susceptible de produire enfin des résultats sous gouverne BRICS en cette fin 2014.

    . côté OMC, il y a cette victoire retentissante de l’Inde qui parvient à imposer ses vues dans la négociation des accords de Bali. Sans qu’il y ait même eu besoin de réécrire l’accord, l’Inde voit ses conditions de non-remise en cause de son programme de sécurité alimentaire acceptées et peut signer l’accord. Il faut dire que l’OMC jouait dans cet accord sa survie (8).

    . concernant l’Iran, les Russes et les Chinois, ainsi que les Allemands, pèsent lourd dans la négociation pour obtenir un accord le 24 novembre permettant enfin de débloquer la situation, lever les sanctions, et permettre à l’Iran de faire son entrée sur la scène internationale… et de pouvoir jouer le rôle qui lui incombe dans la pacification du Moyen-Orient. Nous anticipons que, malgré les difficultés (9), un accord sera bel et bien trouvé le 24 novembre.

    Tout cela en un mois seulement ! Le monde semble redémarrer, emmené par les dynamiques des émergents. Il est multipolaire, pacifique, ouvert, et l’Occident y a toute sa place aussi.

    -----------------
    Notes:
    (1) On constate dans cette terminologie que l’État-nation constitue toujours l’ultime point de repère institutionnello-politique.
    (2) dont la légitimité démocratique reste à inventer
    (3) En guise d’exemple, le secrétariat de coordination des politiques de la Communauté des Européens (CE) pourrait consister en une petite entité décentralisée (composée d’une poignée d’individus, qui n’ont même pas besoin d’être réunis en un lieu commun) travaillant en réseau à coordonner la mise en œuvre des actions décidées dans le cadre d’un système légitime de prise de décision (notre but ici est de montrer à quel point le système de 2030 sera différent de l’actuel, pas de donner une image de ce qu’il sera exactement).
    (4) Source : EUObserver, 12/11/2014
    (5) Cet article de The Economist qui va tout à fait dans notre sens, vaut la peine d’être lu.
    (6) Scellant l’interventionnisme américain (notamment) en la matière. Source : Reuters, 13/11/2014
    (7) Source : China Post, 09/11/2014
    (8) Source : Deccan Chronicle, 14/11/2014
    (9) Le numéro de septembre du GEAB en particulier a fourni une analyse détaillée de l’importance qu’il y a à intégrer l’Iran à la stratégie de paix au Moyen-Orient.

    Samedi 15 Novembre 2014
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    http://www.leap2020.eu/GEAB-N-89-est...de_a17155.html

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    • GEAB 90 est disponible ! Crise systémique globale 2015 – pétrole, monnaies, finance, sociétés, Moyen-Orient : Très Grande Tempête dans le Port de l’Occident !


      - Communiqué public GEAB N°90 (15 décembre 2014) -




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      Depuis près de deux ans, en combinant divers angles (spéculatifs, géopolitiques, technologiques, économiques, stratégiques, monétaires…), nous n’avons cessé d’anticiper une crise majeure de tout le secteur pétrolier. Aujourd’hui, plus personne ne doute du fait que nous y sommes bien, et le GEAB se doit donc d’anticiper les conséquences de cette véritable bombe atomique qui commence à souffler tous les piliers de l’ancien système : monnaie internationale telle qu’on l’a connue, marchés financiers tels qu’on les a connus, États-Unis tels qu’on les a connus, alliance occidentale telle qu’on l’a connue, gouvernance mondiale telle qu’on l’a connue, démocratie telle qu’on l’a connue, etc.



      « Crise systémique globale : la fin de l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 »

      Nous souhaitons ici faire un retour sur l’anticipation historique du GEAB, celle de Franck Biancheri en février 2006, qui annonçait le déclenchement d’une crise systémique globale sous le titre La fin de l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 (1). Ce monde occidental aura donc mis neuf ans à s’effondrer (ou sept ans, si l’on fait débuter le processus avec la crise des subprimes de 2008 comme il est de rigueur de le faire)… Durant ces neuf années, le GEAB a fait œuvre de pédagogie de la crise dans le but avoué de contribuer à relever toutes les solutions qui existaient pour en sortir le plus rapidement et le moins douloureusement possible. Apparemment, en dehors du travail effectué par les BRICS qui, comme anticipé également dans le GEAB, ont abattu une tâche énorme pour poser les fondements du monde de demain, le monde occidental, quant à lui, a bien fait ici et là quelques efforts dont nous décelons les signes par endroits. Mais, en cette fin 2014, et à l’issue de l’énorme déstabilisation causée par le crash des relations euro-russes dans la crise ukrainienne, notre équipe a beaucoup de mal à se projeter dans un scenario positif pour l’année à venir.

      2015 va pourtant consacrer l’effondrement complet du monde occidental tel qu’on l’a connu depuis 1945. Ce sera un gigantesque ouragan qui va souffler et faire tanguer la planète entière, mais les points de ruptures se situent dans le « Port de l’Occident », qui n’est plus un port depuis longtemps, mais va clairement se révéler en 2015 avoir été l’œil du cyclone, comme nous n’avons cessé de le répéter depuis 2006. Alors que certains bateaux tentaient de prendre le large, la crise ukrainienne a eu pour effet d’en ramener une partie au port et de les ré-amarrer fermement. Malheureusement, c’est le port lui-même qui secoue les bateaux et ce sont ceux dont les amarres sont les plus solides qui casseront les premiers. Nous pensons bien sûr à l’Europe au premier plan, mais plus encore à Israël, aux marchés financiers et à la gouvernance mondiale.

      La paix est bien entendu en jeu, une paix qui n’est d’ailleurs plus qu’un vain mot. Demandez à la Chine, à l’Inde, au Brésil, à l’Iran, etc., si l’Occident véhicule encore une quelconque image de paix. Quant aux valeurs démocratiques, ce que nous en montrons fait plus office de repoussoir que de modèle… au point que le principe universel de démocratie est relégué au rang des concepts culturellement relativisables et finit par servir les agendas anti-démocratiques de tout acabit, en Europe et ailleurs. Et pourtant ce n’est pas le principe démocratique qui pose problème (il faut au contraire en réinventer les modes d’application, en partenariat avec les nouvelles puissances émergentes), mais bien l’incapacité des Occidentaux à avoir su adapter sa mise en œuvre aux nouvelles caractéristiques sociétales (émergence d’entités supranationales de facto politiques, Internet qui transforme la structure sociale).



      La crise pétrolière est systémique parce qu’elle est liée à la fin de l’ère du tout-pétrole

      Revenons également un instant sur les principales caractéristiques de cette crise systémique pétrolière telle que nous l’avons analysée. De manière très résumée, et afin de faire ressortir la nature systémique de cette crise pour mieux asseoir la suite de nos anticipations, c’est le système de gouvernance mondiale du marché du pétrole, l’OPEP, qui a été mis à mal. Les États-Unis, qui en étaient les maîtres jusqu’en 2005 (2) environ, ont vu arriver les émergents dont les niveaux de consommation en faisaient inévitablement des co-maîtres.



      Consommation de pétrole : en rouge, par les États-Unis, l'Europe occidentale et le Japon ; en bleu, par le reste du monde. Source : Yardeni / Oil market intelligence.

      Il aurait fallu bien sûr acter ce changement par une réforme du système antérieur de gouvernance pour mettre tout le monde dans le même club. Au lieu de cela, effrayés à l‘idée d’une augmentation des cours du pétrole à laquelle l’économie américaine, totalement dépendante de cette matière première (contrairement à l’Europe) faute d’avoir investi de manière significative et coordonnée dans les énergies renouvelables notamment, était incapable de résister, les États-Unis ont décidé de briser toute logique de coordination mondiale en créant un marché concurrent, le marché du schiste, destiné à faire baisser les prix. On sait malheureusement à quoi aboutit généralement la compétition en matière d’accès aux ressources énergétiques… l’Europe, au moins, est censée le savoir (3).



      Production de pétrole de schiste aux États-Unis – Source : HPDI, LLC

      À cette rupture majeure de tendance, se combine une autre tendance lourde, bien peu évoquée actuellement dans les médias, celle de la fin du pétrole comme source principale d’énergie de l’économie mondiale. Et c’est ce deuxième facteur qui rend la situation totalement incontrôlable actuellement. Les cours dévissent parce que l’ère du pétrole se termine et personne n’y peut rien. Nous l’avons anticipé il y a plusieurs mois (4) : la Chine se prépare à un parc automobile tout-électrique (5), et, ce faisant, fera passer le parc automobile mondial au tout-électrique - une fois que la technologie sera au point et que la massification sera inéluctable, tout le monde passera en effet à l’électrique. Nous avons anticipé que cette transformation serait en place dans moins de 10 ans et que, dans 5 ans, le point d’inflexion en matière de consommation serait atteint. Or, une année au moins a déjà passé depuis cette anticipation. Quatre ans, c’est un horizon que commencent à percevoir les spéculateurs de tous poils (6).

      En réalité, le « pic pétrolier » est ce que LEAP appelle une « anticipation réussie » : sa mise en perspective a permis d’ « éviter » le problème. Peur d’une pénurie et d’une explosion des prix, bonnes et mauvaises stratégies de contournement (renouvelable et schiste), le tout combiné à un énorme ralentissement économique et, en point d’orgue, un agenda écologique dont on notera la reprise active depuis cette année (7), et le monde est « prêt » à clore l’ère pétrole… À ceci près que les acteurs existentiellement liés à cette matière première vont se faire violemment entendre avant de disparaître.

      Là encore, que nos lecteurs ne se méprennent pas : le pétrole continuera encore longtemps à être utilisé pour faire tourner moteurs et usines du monde (il a même à nouveau de nombreuses années devant lui puisque le risque de pénurie est ainsi repoussé de plusieurs décennies), mais l’ « ère » du pétrole souverain se termine et cela constitue bien sûr un changement systémique.

      Dans la partie Télescope, nous élaborons sur les conséquences de la crise systémique pétrolière, sur les marchés financiers notamment. Ces marchés financiers, qui ont bien « résisté » à six longues années de crise, étouffant dans leurs bras mécaniques l’économie réelle et prouvant à quel point ils étaient le nœud du problème, ne survivront pas en l’état au choc que s’apprêtent à encaisser d’une part l’industrie pétrolière, acteur central, et d’autre part le dollar, outil principal de la planète-finance. Mais d’autres bombes sont prêtes à exploser – comme si celle-ci ne suffisait pas...

      -------------------------

      (1) Source : LEAP/Europe2020, 15 février 2006

      (2) En réalité le début de la hausse des prix du pétrole date de 2003. Et c’est en 2006 qu’ils commencent à exploser. Mais 2005 constitue une date récurrente dès qu’on analyse la hausse des tarifs à l’aune de la consommation des émergents au lieu de celle des aléas de la géopolitique moyen-orientale, et de manière générale dès qu’on observe la montée en puissance des émergents.

      (3) Les deux guerres mondiales du début du XXe siècle sont intrinsèquement liées à une compétition dans l’accès aux ressources énergétiques (source : Cambridge Journals, 09/1968), raison pour laquelle les Communautés européennes au sortir de la Deuxième Guerre mondiale sont nées de la mise en commun des ressources, soit la CECA (source : Wikipedia), un projet qui aurait dû rester l’un des fils conducteurs de la construction européenne alors que la crise ukrainienne révèle aujourd’hui le néant absolu qui règne en Europe en matière de politique commune énergétique. Et dire que certains trouvent qu’on souffre de trop d’Europe ! La construction européenne s’est en réalité arrêtée en 1989… occupée à réglementer la taille des concombres et à libéraliser tout le reste : « l’Europe du concombre »…

      (4) Dans nos recommandations de janvier dernier (GEAB N°81) sous le titre La Chine passe à l’électrique. Source : LEAP/E2020, 15/01/2014

      (5) Source : Bloomberg, 09/02/2014

      (6) Pour ceux qui doutent de la réalité de cette évolution, il y a cette récente et incroyable décision de l’Allemagne (incroyable parce que complètement contre-intuitive avec la baisse actuelle des cours du brut) de miser tout sur les énergies renouvelables et de faire un paquet de tout ce qui est nucléaire-gaz-pétrole-charbon pour s’en débarrasser. Source : Deutsche Welle, 01/12/2014

      (7) Nous avons pris note le mois dernier des résultats très concrets obtenus en matière de promesses de réduction des émissions de CO2, y compris de la part des États-Unis, sous la houlette des Chinois. Et même si le Sommet de Lima ne semble pas produire pour sa part beaucoup de résultats, c’est surtout parce que les pays pauvres font mine de continuer à croire que ce sont les dollars de l’Occident qui vont financer leur transition énergétique. Mais sur le fond, l’agenda environnemental est très dynamique en ce moment, essentiellement parce qu’il coïncide pour la première fois avec les objectifs stratégiques de la première (ou deuxième) puissance mondiale, la Chine.




      Lundi 15 Décembre 2014


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      http://www.leap2020.eu/GEAB-90-est-d...de_a17292.html

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      • Premier semestre 2015 – Pétrole, Moyen-Orient, Charlie Hebdo… Derniers tests de résilience du « modèle » occidental : suicide ou adaptation

        Ce communiqué public contient un fragment du bulletin de ce mois, section 1 – Perspectives, chapitre 6, intitulé:
        To be and not to be Charlie.
        Notre équipe l’avait anticipé : l’explosion des tensions au Moyen-Orient aurait un impact rapide sur les sociétés européennes, faisant courir de grands dangers à nos démocraties1.
        La crise ukrainienne, nous l’avons souvent répété, bien au-delà de la valeur intrinsèque des individus qui le composent, a révélé la faiblesse structurelle d’un système politique européen techniquement déconnecté de ses citoyens. La grande peur que l’Europe s’est faite en 2014 de ne pas réussir à s’empêcher d’entrer en guerre avec un voisin, aboutit en 2015 à un vrai retour du politique : une Commission Juncker décidée à légitimer politiquement ses décisions, des gouvernements nationaux enfin conscients de leur besoin d’union politique, des citoyens ultra-mobilisés.
        Tout cela serait plutôt rassurant si la conjoncture était stabilisée. Mais ce n’est pas le cas puisque l’Europe s’apprête à enregistrer une série de chocs liés aux actions terroristes qui ne manqueront pas d’être perpétrées par des individus ou groupes d’individus résidant en son sein, mais mal intégrés et connectés aux terribles développements que connaît actuellement le Moyen-Orient. Or, dans un tel contexte, le retour du politique peut prendre des formes peu souhaitables.
        L’année s’est vite mise à ce diapason avec l’attentat sanglant contre les employés de l’hebdomadaire satirique français, Charlie Hebdo, et la cavale meurtrière qui s’est ensuivie. Bien évidemment, l’événement constitue l’occasion d’inaugurer une flambée de racisme en France, mais aussi dans toute l’Europe et au-delà, combinée à la mise en place de mesures liberticides.
        Mais, pour une fois, les Européens ont droit à une bonne surprise : une communication de crise presque exemplaire conduite par François Hollande qui, capitalisant sur la plus acceptable des peurs (celle de l’explosion sociale), parvient à transformer la réaction collective émotionnelle aux relents a priori racistes en demande de non-amalgame, de non-dérive libertaire et d’union.
        Le 11 janvier, la mobilisation de près de 4 millions de citoyens en France et dans le monde, ainsi que la présence de 40 chefs d’État en tête de cortège, est véritablement un événement historique et véhicule un message totalement positif, quoi que l’on pense des vrais ressorts du rassemblement.
        En réalité, de nombreuses questions se posent en effet sur ce qui a vraiment réuni tout ce monde : mélange de réaffirmation de principes républicains mal compris et vrai souci de préservation des valeurs démocratiques, expression d’exaspération vis-à-vis d’une communauté musulmane mal intégrée et volonté de rassembler les modérés de toutes les communautés religieuses, quête d’ordre et quête de liberté, racisme et tolérance… Il y avait un peu de tout dans cette mobilisation. Peu importe, le message dominant est généreux et c’est une réussite.
        Ceci étant, ce grand rassemblement n’est pas la fin de l’histoire. Les actes anti-Musulmans se sont multipliés depuis l’attentat ; la police est sur les dents et contrôle les jeunes d’origine arabe à tour de bras ; des idées de « Patriot Act » à l’européenne sillonnent la société ; la communauté musulmane est à nouveau froissée par la publication en première page du nouveau numéro deCharlie Hebdo de caricatures de son Prophète… Autant de réactions qui vont inévitablement nourrir les rangs du fanatisme identitaire et augmenter le risque de violence.
        Par ailleurs, la revendication de liberté d’expression est en train de mettre fin au verrou qui était posé sur la critique d’Israël et des Juifs. Si les caricatures de Mahomet ne sont pas du racisme, bien des « blagues » risquent de ne plus pouvoir être appelées « antisémites » également. Sur le fond, cette libération du droit à se moquer et à critiquer les autres est sans doute une bonne chose, mais elle arrive au pire moment possible. Chacun sait que 2015 court d’immenses risques de dérive raciste et antisémite (puisqu’il faut distinguer les deux). Et juste à ce moment, les garde-fous de la communication inter-groupe sont abaissés2.
        Pourtant, les lois françaises et européennes, nées d’une histoire de guerres de religions et d’intolérance, ne prônent pas une liberté d’expression totale. Cette revendication est en réalité calquée sur les États-Unis pour lesquels la liberté d’expression est totale et sacrée3… même si elle n’est en fait respectée que dans le cadre de l’expression non-publique. Les organes et personnes publiques ont, quant à eux, un discours extrêmement contrôlé par le fameux « politiquement correct » notamment, en particulier sur toutes les questions de minorités et de religion. En Europe, en revanche, le « politiquement correct » s’impose moins précisément parce que la liberté d’expression y est légalement encadrée.
        Une chose est certaine, si les Musulmans européens se voient obligés à accepter ce qui correspond à des brimades culturelles très fortes4 dans un contexte d’expression publique qui reste ultra-contrôlé pour d’autres groupes culturels (homosexuels, Juifs, etc.), il y aura division. L’enjeu est donc d’équilibrer cette liberté d’expression, et pour que cela ne risque pas de dégénérer en provocations et injures racistes de toutes parts, il va tout de même falloir réaffirmer les règles d’une communication, certes libre, mais également responsable.
        Au-delà du grand élan généreux de la journée du 11 janvier, d’innombrables questions demeurent sur les moyens d’endiguer la vague de violence raciste et terroriste qui a commencé à déferler sur l’Europe, dans le respect de nos principes démocratiques. C’est le grand enjeu de l’année 2015…
        Abonnez-vous pour lire la suite..
        ———————————————-
        1 Nous écrivions le mois dernier : « Au-delà de l’engrenage qu’un conflit d’ampleur régionale aurait sur l’ensemble de la planète, un point particulièrement inquiétant pour l’immédiat tient aux conséquences que le déchaînement de la haine entre les communautés de cette région aurait sur l’Europe. La violence verbale entre Juifs et Arabes y est déjà énorme, dégénérant sporadiquement en échauffourées plus graves. L’explosion de l’antisémitisme et du racisme est inévitablement au programme de l’UE si les tensions se nouent de la manière que nous avons anticipée plus haut. Et ces violences aboutiront aussi inévitablement au basculement de nos démocraties affaiblies qui seront incapables de les endiguer autrement qu’en sortant, elles aussi, de l’état de droit. » Source : GEAB N°90, 15/12/2014

        2 La republication par le journal turc anti-Erdogan, Cumhumuriyet, des caricatures de Charlie Hebdo, est un exemple affligeant du potentiel déstabilisateur de ces provocations et de l’utilisation qui en est faite par des médias mus par d’obscurs intérêts. Dans le chaos moyen-oriental actuel, une telle provocation, conçue dans l’espoir renouvelé de fragiliser le pouvoir d’Erdogan, relève de la trahison. Les Turcs n’ont en effet pas l’excuse qu’ont les Européens de ne pas se rendre compte de la charge symbolique de ces caricatures. On voit à ce nouveau rebondissement l’engrenage dramatique dans lequel l’Europe et le monde sont pris. Source : BBC, 15/01/2015

        3 Source : Wikipedia.

        4 N’oublions pas que la représentation en général est interdite par l’Islam. L’intégration des Musulmans aux sociétés modernes et occidentales de l’image est donc une réalité… même s’ils ont des difficultés à aller jusqu’au bout de la logique et à accepter la représentation la plus interdite, celle du Prophète, une représentation qui choque aussi les Musulmans modérés, c’est un fait. En réalité, demander aux Musulmans d’accepter ces caricatures, ce n’est pas leur faire la demande acceptable pour eux de se « laïciser », mais celle inacceptable de s’« athéiser ». C’est là que le bât blesse, il faut en prendre conscience si on veut trouver une solution à l’impasse dans laquelle nous sommes.

        /.../

        http://geab.eu/premier-semestre-2015...ou-adaptation/



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        • Communiqué public

          OTAN, QE, Syriza, Ukraine, Israël : Les autoroutes vers le « monde de demain » sont en vue
          pic geab 92

          La terrible crise ukrainienne de 2014 doit être comprise comme une limite infranchissable au-delà de laquelle le « monde d’avant » disparaît quoi qu’il arrive. Il disparaîtra dans le chaos et la radicalisation d’un système qui, ce faisant, cessera d’être lui-même, ou bien il disparaîtra en s’ouvrant aux nouvelles caractéristiques du « monde d’après ». Toute la question est là, simplement résumable à ceci : la guerre ou la paix ? Mais dans tous les cas, le monde d’avant, c’est fini !

          Et le fait est que dès que la poussière des combats retombe un peu, on commence enfin à pouvoir apercevoir au loin les paysages du monde de demain et les chemins qui y mènent et répètent parfois l’aspect de véritables autoroutes. Même si notre équipe reste très inquiète sur les obstacles qui peuvent continuer à surgir sur ces chemins, nous estimons que la révélation progressive des paysages d’avenir est une bonne chose. En effet, les grands drames de l’Histoire arrivent souvent lorsque les peuples ou les systèmes ne voient plus d’issue à leurs difficultés.

          Ainsi, dans ce numéro, au risque de paraître gravement naïfs, notre équipe a décidé de se concentrer sur ces voies d’avenir qui apparaissent au loin. L’anticipation politique a aussi pour objet de dédramatiser l’avenir. Sans compter que le combat dans lequel nous sommes engagés, et dont la crise ukrainienne est la plus emblématique concrétisation, n’oppose en fait que les forces souhaitant s’engager sur ces voies d’avenir et celles les empêchant.

          Notre équipe a choisi de rendre publique la partie de ce numéro du GEAB consacrée à l’analyse de la victoire de Syriza aux législatives grecques.

          Syriza : catalyseur de la réforme politico-institutionnelle de l’Europe

          Nous avons déjà évoqué le très grand changement que représente l’arrivée de Jean-Claude Juncker à la tête d’une Commission qu’il appelle lui-même celle « de la dernière chance »1, exprimant clairement l’idée qu’en cas d’échec de connexion de l’institution avec les citoyens européens (ou « démocratisation »), c’est le projet de construction européenne tel que voulu par les pères fondateurs2 dans son ensemble qui échouera.

          Se combine désormais à cette volonté politique au plus haut de l’édifice européen, celle résultant de l’élection d’un parti non-institutionnel en Grèce, Syriza3, sur la base d’un mandat clair : remettre les institutions européennes au service de l’intérêt des citoyens grecs, intérêt dont on voit déjà à quel point il se recoupe avec celui des citoyens de tous les pays confrontés à l’austérité, Espagne et Portugal au premier plan, mais bien au-delà. Le sentiment de non maîtrise des outils de résolution de crise par tous les citoyens de la zone euro se fait peu à peu jour, et Alexis Tsipras représente clairement un espoir politique pour des segments entiers de citoyens dans toute la zone euro4.

          L’arrivée de Syriza, tel un chien dans un jeu de quilles, dans l’ambiance feutrée du système politico-institutionnel européen, est un véritable catalyseur de réforme. Et le fait est que si le système communautaire a appréhendé l’élection de Tsipras (avec, par exemple, les menaces par Angela Merkel d’exclusion de la Grèce de la zone euro5), on ne peut qu’être surpris de l’accueil qui lui est pour le moment réservé6. C’est qu’il semble en fait capable d’enclencher un changement que toutes les catégories d’acteurs européens attendent désormais :

          . au printemps 2014, le programme de campagne de Jean-Claude Juncker comportait une proposition portant sur la nécessité de « remplacer la troïka par une structure plus légitimement démocratique et plus comptable de ses actes, basée autour des institutions européennes, avec un contrôle parlementaire renforcé, tant au niveau européen que national ». Mais y serait-il parvenu du haut de la Commission européenne ? Probablement pas. Tsipras arrive donc tel un sauveur, rendant enfin possible la réforme du mécanisme de gestion de la crise et de gouvernance de la zone euro7 ;

          . nous avons parlé de Draghi et de son appel voilé pour un mandat reconnecté à la réalité de la crise plutôt qu’à l’application de traités obsolètes ;

          . le grand dysfonctionnement bureaucratique européen de ces derniers mois, jugé être le fruit des limites atteintes par la méthode dite « intergouvernementale »8, met également d’accord les fonctionnaires avec Tsipras, susceptible de redonner une direction politique à leur édifice institutionnel ;

          . les limites également atteintes par un système financier gavé de liquidités, mais incapable de les injecter dans une économie à l’arrêt, lui permettent de voir d’un bon œil l’opportunité incarnée par Tsipras9 de relance des investissements publics qu’il a lui-même contribué à arrêter en professant l’ultralibéralisme ;

          . les politiques nationaux, bloqués dans des gouvernements technocratiques ou d’union nationale depuis six ans, reprennent vie comme on le voit avec le deuxième « coup d’État » politique de Matteo Renzi, mettant fin à l’alliance avec Silvio Berlusconi en renforçant son camp politique par la nomination d’un chef de l’État socialiste10 ;

          . et bien entendu, les citoyens qui entendent enfin parler d’une Europe qui débat, réfléchit, cherche des solutions et parle une langue cette fois compréhensible en lieu et place des incessants borborygmes technocratico-financiers auxquels ils ont eu droit jusqu’à présent.

          Le seul problème, ce sont encore une fois les médias… Non pas qu’ils soient aussi remontés qu’on aurait pu le craindre contre Syriza, mais plutôt parce qu’ils ont une compréhension extrêmement limitée de l’ampleur des enjeux des négociations en cours entre la Grèce et le reste de la zone euro et de la complexité du projet de réforme qui se noue entre tous ces acteurs (BCE, Eurozone, Grèce, Commission européenne, gouvernements nationaux).

          La seule lecture à laquelle nous avons donc droit consiste à deviner si ce qu’il se passe nous rapproche ou nous éloigne d’une rupture de la zone euro. Or, nous le répétons une fois encore : il n’y aura pas de rupture de la zone euro ! Pas de Grexit (ni de Brexit probablement d’ailleurs, aussi11) : nous nous sommes tous embarqués dans un bateau qui peut aller loin du moment qu’on se donne les moyens d’en occuper la cabine de pilotage. L’Histoire n’a pas été dotée d’une touche Rewind à laquelle seuls les idéologues et les démagogues tentent de faire croire leurs ouailles : le bateau a quitté la rive, et ceux qui en descendront se noieront et feront chavirer les autres12.

          Le processus enclenché par Tsipras n’est ni plus ni moins celui d’un changement complet du mode de fonctionnement de la zone euro. Le système de la troïka (FMI, BCE, Commission) a été révoqué, Tsipras exige de négocier avec les représentants élus de la zone euro13, un nouveau mécanisme de gouvernance plus légitime de la zone euro va devoir être inventé, en plus des solutions propres à la crise grecque. De tels objectifs ne risquent pas d’être résolus en un tournemain, pas plus que la paix en Ukraine et entre l’Europe et la Russie. Nous assistons à l’accouchement lent et douloureux de l’Europe et du monde de demain, avec tous les risques qu’un accouchement non médicalisé (faute de toute anticipation) comporte.

          Les principaux obstacles à la négociation sont essentiellement les suivants : la BCE, qui n’a bien évidemment pas mandat à accéder à la requête d’un seul État et attend donc une décision collégiale de la part de l’ensemble de la zone euro ; l’Allemagne qui perd la domination – toute relative, d’ailleurs – qu’elle avait de la gestion de la zone euro (sachant que cette position dominante l’embarrassait plutôt qu’autre chose et qu’elle l’abandonnera avec plaisir du moment que le prochain mécanisme la rassure) ; l’incapacité structurelle du carcan politico-institutionnel actuel à la moindre réforme (qui obligera à aller jusqu’à la rupture) ; l’influence d’innombrables agendas cachés qui y perdront forcément dans le cadre d’une mise sous contrôle politique du système actuel14.

          En ce qui concerne les Allemands, tout comme les Français l’ont prouvé dans un récent sondage15, et bien plus que Merkel ne l’imagine, ils sont certainement faciles à convaincre de la mise en place d’un système de solidarité pour sortir la Grèce de l’ornière, conscients qu’ils sont que la résolution de la crise grecque ne serait pas une bonne nouvelle seulement pour les Grecs. C’est d’ailleurs cette zone euro là qu’il s’agit d’inventer : un vrai Euroland fondé sur la solidarité et les logiques gagnant-gagnant.

          Il est une chose qui n’est pas beaucoup commentée dans la victoire de Syriza. Là où nos médias passent leur temps à analyser que les problèmes économiques traversés depuis six ans par la zone euro vont faire monter l’extrémisme politique, la xénophobie, le rejet de l’Europe et de la démocratie, on voit avec Syriza et Podemos, par exemple, que les opinions publiques européennes tiennent remarquablement bien le choc, se refusant dans la mesure du possible à opter pour les solutions radicales16 et se ruant en revanche sur tout ce qui semble représenter une alternative, certes, mais raisonnable avant tout. Notre équipe met cette grande fiabilité collective des peuples européens sur le compte du désenclavement idéologique permis par Internet et l’accès « désintermédié » à l’information. Ni les politiques, ni les médias ne peuvent plus prendre en otages les opinions publiques interconnectées17.
          C’est un fait que nous prendrons désormais en compte dans nos anticipations… Pour lire la suite de l’article, abonnez-vous au GEAB
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          1 Source : Euractiv, 22/10/2014.
          2 Soit, suivant des principes de communauté d’États, des objectifs de paix et de prospérité partagées et au moyen d’une gouvernance démocratique.
          3 Source : BBC, 25/01/2015.
          4 Source : Euractiv, 04/02/2015.
          5 Source : Le Figaro, 04/01/2015.
          6 L’année 2014 a appris la prudence à notre équipe qui sait désormais que les bonnes nouvelles provoquent des irruptions brutales de mauvaises nouvelles. En ce qui concerne Syriza, nous nous concentrons dans le présent numéro sur le potentiel de sortie de crise que son élection véhicule. Mais nous sommes parfaitement lucides sur les tentatives que certains intérêts obscurs ou réflexes bureaucratiques pourraient susciter afin de bloquer les développements qui se mettent en place. Cela va de l’incapacité du système à accéder aux demandes de Tsipras à des risques de tentative de déstabilisation du pays. Source : Club Newropeans, 04/02/2015.
          7 Source : Le Monde, 02/02/2015.
          8 « Nous sommes tués par l’intergouvernementalisme », nous disait récemment un responsable de la zone euro. La « méthode intergouvernementale » fait référence à ce système de prise de décision à 28 sur des logiques d’intérêts nationaux, qui s’oppose à la « méthode communautaire » qui placerait la prise de décision aux mains du seul niveau européen, les deux méthodes espérant faire l’économie de la démocratie qui consisterait à fonder le système décisionnel européen dans la volonté des peuples européens.
          9 C’est ainsi que la Banque d’Angleterre évoque la nécessité de sortir de la politique d’austérité quelques jours après l’élection de Tsipras. Source : The Guardian, 28/01/2015.
          10 Source : Bloomberg, 30/01/2015.
          11 Contrairement là encore à ce que les médias comprennent, un référendum britannique sur une sortie de l’UE se conclura par un refus (des sondages l’ont déjà montré) et tout le levier de chantage britannique sur l’UE prendra fin. Source : EUObserver, 23/10/2014.
          12 La perspective de sortie de l’euro est un levier de négociation plutôt qu’autre chose. Quand on voit à quel point le système politique, institutionnel et financier européen vit dans la terreur de la moindre décision susceptible de faire baisser les bourses, on ne les imagine vraiment pas excluant l’un de ses membres ! La bonne nouvelle, c’est qu’ils vont donc devoir trouver un accord.
          13 Source : BBC, 30/01/2015.
          14 Mais sur ce dernier point, nous avons déjà fait remarquer qu’un système institutionnel qui dysfonctionne ne peut même plus servir les lobbies. L’enjeu devient dès lors commun de relancer la machine.
          15 « Seules 15% des personnes interrogées se montrent favorables à un maintien de la dette grecque et des échéances de remboursement actuelles ». Source : Les Echos, 04/02/2015.
          16 En dehors des inévitables minorités et des effets liés à l’absence d’alternative entre partis institutionnels et partis extrémistes… En France ou en Angleterre, par exemple.
          17 On l’a vu aussi dans la couverture médiatique occidentale de la crise ukrainienne, très peu objective et extrêmement va-t-en-guerre, qui a laissé les populations pour le moins sceptiques.

          http://geab.eu/otan-qe-syriza-ukrain...es-autoroutes/

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          • 2015 – Médias, finances, système-pétrole, appareil militaro-industriel, QE : la guerre des narratifs


            Dans le chaos qui caractérise toute crise, les discours explicatifs se multiplient comme autant de tentatives d’imposer sa vision du monde, dont l’enjeu est la domination de celui-ci. La « béance[1] » chaotique ouverte par une crise est aussi un espace de guerre narrative dont les vainqueurs seront soit les plus forts (pour un temps court), soit les plus lucides (pour un temps long). Pour le citoyen ou acteur lambda, la grande difficulté consiste à ne pas perdre la tête au milieu de ces innombrables storytellings. La mission que se donne le GEAB depuis janvier 2006 est précisément celle-ci : aider ses lecteurs à dépasser les évidences et les bruits dominants, et tenter de se rapprocher au plus près de la réalité des évolutions profondes. Ce travail est important à titre individuel dans les décisions que chacun doit continuer à faire dans un contexte instable. Mais c’est plus important encore sur le plan collectif, car le choix narratif est bien entendu un choix d’avenir. Or, entre la narration qui s’impose par la force et celle qui prévaut par la réalité, une société peut s’enfermer dans un système idéologique ou s’engager résolument dans un monde ouvert. Au XXe siècle, les peuples qui ont basculé dans des systèmes idéologiques déconnectés de la réalité ont probablement eu peu le choix. Aujourd’hui, les sociétés ultra-connectées et multi-informées ont une vraie responsabilité du choix de leur avenir. C’est pourquoi le GEAB et l’anticipation politique, sans prétendre avoir toujours raison, proposent une grille de lecture des narrations tentant d’optimiser l’objectivité et aider ses lecteurs à conserver le plus possible de distance face aux événements, à distinguer entre information factuelle et opinion, entre information fallacieuse et information fiable, et à se donner les outils pour forger et avoir confiance en sa propre opinion. Nous avons déjà évoqué le fait que 2015 serait caractérisé par un « chevauchement monstrueux » entre monde d’avant et monde d’après, où les deux mondes sont en apparence à égalité : l’un par la puissance des outils de pouvoir dont il disposait et qui sont encore opérationnels (médias, armées, finance…), l’autre par sa force intrinsèque. En réalité, le monde d’avant est désormais éminemment affaibli et son résidu de domination n’est plus que le fruit de ses efforts surhumains à « faire parler » ses outils de puissance à sa place, effort dans lequel il s’épuise, tout autant que l’URSS s’était épuisé dans la course à l’armement. Notre équipe a choisi de rendre publique la première partie de la section « Perspectives », consacrée aux outils de puissance en crise, sachant que la deuxième partie propose une analyse du QE européen et de la parité euro-dollar.
            Quatre outils de puissance en crise

            Observons un instant où en sont ces fameux outils du pouvoir du monde d’avant : . des médias en plein questionnement sur leur objectivité, leur professionnalisme, leur valeur ajoutée, etc., avec l’affaire Charlie Hebdo en événement emblématique de cette profonde remise en question. Le contraste entre des chefs de rédaction aux méthodes ultra-autoritaires soudain fiers de se badger « Je suis Charlie » ne manque pas d’interroger des classes entières de journalistes, mais aussi les citoyens, sur la liberté d’expression. Un débat sain sur le travail réalisé par les médias occidentaux sur l’Ukraine, par exemple, apparaît timidement. La question se pose quant à la pertinence de médias pyramidaux bien trop petits (problème de plomberie) pour pouvoir retraiter correctement l’immense complexité de la réalité d’un monde multipolaire, multiculturel, multilinguistique, etc. La question aussi de la légitimité de cette auto-proclamation comme « quatrième pouvoir » qui ressemble de plus en plus à une « usurpation de pouvoir », celle des citoyens qu’ils avaient en effet comme mission implicite de représenter avant Internet. Mais celui-ci est là, et désormais, si les médias ont un rôle à jouer, ce n’est certainement pas celui d’un quelconque exercice de quatrième pouvoir, mais bien celui, originel et incontournable, de contribuer à la bonne information du vrai quatrième pouvoir : les gens. La couverture de la crise ukrainienne a révélé la mise sous tutelle des médias par des intérêts divers, mais aucunement citoyens. Les dégâts pour cette profession sont considérables, lui imposant de persister en une officialisation de son virage propagandiste ou de se réinventer. Mais dans les deux cas, les médias auront bien du mal à servir de manière crédible le système d’avant. . un système financier dollaro-centré en pleine surchauffe[2], dopé par l’instabilité et les opportunités de spéculation, mais totalement déconnecté de ses missions premières de financement de l’économie. La réalité, c’est que les banques de détail continuent à licencier et à faire faillite[3] ; seules les banques d’investissement spéculatif prospèrent, mais d’une manière qui n’obtient plus l’adhésion de qui que ce soit. Les particuliers ont quitté le monde des actions boursières qui s’était ouvert à eux tel un pays de cocagne dans les années 1990[4]. Les États-souverains (en particuliers émergents, telle la Chine) ne savent plus quoi inventer pour se protéger des bulles qu’elles essaiment sur leur passage, provoquant toujours plus d’instabilité et perturbant toute planification économique stratégique[5]. L’économie réelle s’en éloigne aussi, qui n’en obtient plus les financements dont elle a besoin pour se développer et cherche désormais du côté de nouvelles formules, telles que le crowdfunding pour n’en citer qu’une[6]. . un « système-pétrole » en plein effondrement. La mainmise nord-américaine sur la suprême ressource énergétique du XXe siècle s’est effondrée sous le triple choc du découplage pétrole-dollar opéré par l’arrivée de l’euro en 2002 (suivi des efforts de certains pays producteurs de vendre leur pétrole en euros pour se dégager de la tutelle US), de la dislocation du système américano-centré de gouvernance du pétrole, l’Opep, induite à l’instigation des États-Unis eux-mêmes par les forages schisteux, enfin de la transition énergétique menée par l’Europe au premier plan, bientôt suivie par tous les émergents, aboutissant à l’effondrement des cours… et de ce qu’il restait de crédibilité au dollar. . un appareil militaro-industriel occidental attaqué par les coupes budgétaires et les plans d’austérité. Et ce n’est pas parce que le ministre allemand des Finances, Schaüble, annonce qu’il va falloir réaugmenter les budgets militaires à l’horizon 2017 (!) que cela change quoi que ce soit au fait que les dépenses militaires allemandes ne font que baisser – encore cette année[7] – et que la Grèce de Tsipras ne manquera pas d’entreprendre de diminuer la monstrueuse ponction effectuée par l’armée sur les Grecs via le financement d’une armée totalement disproportionnée avec la « menace » turque[8]. On observe également les réductions du budget militaire britannique qui inquiètent les Américains[9], la Bulgarie vient pour sa part d’annuler tout budget militaire[10], etc. La réalité, c’est que l’Occident n’a plus les moyens de sa politique. Les grincements stridents de ces outils émoussés Alors, bien sûr, ces quatre piliers de la puissance du monde d’avant n’ont jamais crié aussi fort que maintenant. Et les grincements stridents de tous ces outils émoussés créent de vrais dangers : . du côté des médias, tout en manifestant des vraies tentatives de réinvention, la tentation subsiste de s’idéologiser encore davantage, s’y autorisant même pour contrer la propagande, très officielle celle-ci, de la machine médiatique russe, par exemple[11]. . les banques, les marchés financiers, les statistiques, les montants des amendes et des profits, et surtout les hausses toujours plus improbables des cours de la bourse remplissent les pages des médias financiers et les esprits hypnotisés par le précipice qui sépare ces sommes astronomiques de la réalité économique. Mais la puissance que donnent ces chiffres faramineux autorise le système bancaire et financier à dicter pour quelque temps encore sa loi aux banques centrales et aux gouvernements. . l’effondrement du pétrole rend plus centrales que jamais les puissances pétrolières aux abois et en plein impératif de réorganisation : Arabie Saoudite, au premier plan, qui tente de faire main basse sur la région via ses armées d’islamistes daeshiens répandant le wahhabisme sur le Moyen Orient[12]. . l’Otan, quant à elle, a tenté un coup d’État militaire sur l’Europe en 2014, tirant profit d’une gestion inepte des relations de voisinage de l’UE. Le fait est qu’il n’est pas facile de demander sa bourse à celui qui tient le pistolet… La stratégie de l’appareil militaro-industriel occidental est donc simple et parfaitement logique : capitaliser sur, voire créer des conflits pour se rendre indispensable et parvenir à maintenir/redresser ses budgets. C’est ainsi que l’affaiblissement considérable des outils de pouvoir, qui restaient l’apanage d’un monde d’avant malade, fait courir encore un temps des risques importants à la planète, à savoir : risques de guerre (pétrole, Otan), risques d’enfermement idéologique d’un camp occidental sur lui-même (médias), risques d’effondrement économique (marchés financiers)… Pour lire la suite, abonnez-vous au GEAB ——————————————————————————————————- [1] Le mot « chaos » vient du grec « khaos » qui signifie « béance, faille ». Source : Wikipedia [2] Notre équipe s’est souvent demandée dans quelle mesure la sortie de route de l’étalon-dollar ne se ferait pas plutôt par le haut que par le bas. La surchauffe actuelle de la monnaie étasunienne, même si elle n’est pas définitive, semble consommer actuellement la transition du dollar US hors de son statut d’étalon mondial. [3] Le grand nettoyage, en particulier aux États-Unis, s’est certes surtout produit au début de la crise (2008-2010), et le nombre réduit de survivants rend plus anecdotiques leurs difficultés. Cela dit, les banques souffrent toujours comme en témoigne cette liste de licenciements et faillites récentes : Boston Bank, Doral Bank Puerto Rico, banques hongroises, banques polonaises, ANZ Bank Australie, Bank of America, JP Morgan, Royal Bank of Scotland, etc…08/01/2013) [4] Sources : La Tribune, 08/01/2013; CNN, 27/12/2012 [5] Source : Ecns.cn, 02/03/2015 [6] Source : BusinessBecause, 18/02/2015 [7] Source : Deutsche Welle, 01/03/2015 [8] Source : The Guardian, 19/04/2012 [9] Source : Washington Post, 12/03/2015 [10] Source : Novinite, 24/02/2015 [11] Nos équipes ont constaté une hystérie sur la prétendue guerre médiatique entre l’Occident et la Russie, qui semble autoriser l’usage de discours propagandistes pour équilibrer les forces en présence. Un média comme Ukraine Today, par exemple, s’est créé dans le camp occidental ukrainien avec pour objectif officiel de faire de la contre-propagande (soit de la propagande, bien entendu). Il est intéressant de lire ce que dit la BBC sur ces questions (03/03/2015) [12] Source : New Statesman, 27/11/2014

            http://geab.eu/2015-medias-finances-...des-narratifs/

            Last edited by sharon sanders; March 21, 2015, 08:26 PM. Reason: delete image

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            • 2015 – Le krach mondial n’aura pas lieu


              Nous aurions aussi pu intituler notre article : « Non, le gonflement des bourses chinoises n’est pas une bulle », car c’est beaucoup de la Chine dont il va être ici question. La délirante augmentation de 100 % de la bourse de Shanghai en un an est certes effrayante, mais elle traduit une dynamique réelle (ou plutôt un rattrapage) du développement économique du pays. Il faut vraiment se demander comment du vrai argent (l’épargne des Chinois) s’investissant dans de vrais besoins (infrastructures, systèmes sociaux, dépollution, route de la soie, etc.) pourrait générer une bulle. Notre équipe souhaite relever l’incohérence qu’il y a à s’effrayer de la prise de valeur de places financières situées dans d’évidentes zones de développement économique comme la Chine, alors que depuis des années le monde entier doit s’émerveiller des scores des bourses occidentales, et en particulier américaines, en complète contradiction avec les fondamentaux économiques des zones concernées. Oui, la bourse étasunienne est en pleine bulle (ainsi que, dans une moindre mesure, le Japon et l’Europe). Mais la libération des dynamiques des émergents se dotant des outils infrastructurels à la taille de leurs flux est sur le point d’absorber toutes ces bulles pour financer un développement d’activité d’une échelle encore jamais vue. Le krach mondial n’aura donc pas lieu, parce que la « planète finance » vient seulement de naître. Les sous-parties de l’article :
              1. Bourse chinoise : une ouverture bien préparée
              2. Route de la soie : la Chine vient de lancer un New Deal mondial
              3. BRIICS et BAII libèrent la puissance des économies émergentes
              4. De la globalisation à la globalité : problème de plomberie résolu !
              5. Un monde ouvert, mais pas béant
              6. Vers un krach occidental… ou pas
              Notre équipe a choisi de rendre public la partie de cet article intitulée « De la globalisation à la globalité : problème de plomberie résolu ! », De la globalisation à la globalité : problème de plomberie résolu ! Il ne tient qu’à l’Occident de saisir cette formidable opportunité. D’un côté, il y a la montagne insurmontable des problèmes des États-Unis : une économie qui entre à nouveau en récession[1], la précarité qui atteint des sommets[2], les revenus des 80 % les moins riches qui baissent depuis déjà deux ans[3], une sécheresse qui n’en finit plus en Californie, le spectre d’un nouveau shutdown en novembre[4]avec possibilité de défaut de paiement à la clé, une bourse en surchauffe[5], etc. Figure 1 Évolution des revenus par quintile, entre les périodes juillet 2012-juillet 2013
              et juillet 2013-juillet 2014. Source : Bloomberg
              De l’autre côté, il y a les perspectives prometteuses des BRIICS dans une logique de collaboration mondiale. Nos lecteurs savent bien à quel point nous nous sommes inquiétés l’an dernier du risque d’enfermement de l’Occident sur lui-même. Depuis trois mois, nous avons repris le fil de nos anticipations concernant l’émergence du monde multipolaire, des défis posés par son organisation, des obstacles à sa mise en place et des écueils à son développement aussi. Avec l’accord iranien, le monde est soudain redevenu passionnant… car les problèmes qui se présentent sont autant de défis à relever et non plus des menaces de mort. Les solutions existent. Ces problèmes sont innombrables : dégâts de la crise systémique globale à réparer autant que problèmes structurels à résoudre ensemble. Mais la machine est relancée et elle est mondiale pour la première fois dans l’histoire. Ce passage d’un monde occidental à un monde global a finalement surtout posé des problèmes de plomberie : une seule monnaie appuyée sur une petite économie nationale US, des marchés financiers non adaptés à la taille des flux, des institutions internationales incapables d’intégrer les nouvelles réalités globales… Alors, les BRICS ont relevé leurs manches et créé les conditions de réinvention du système monétaire international multi-monnaie, de marchés financiers véritablement mondiaux (par des innovations comme la connexion de leurs deux places financières de Shanghai et Hong Kong[6], sans parler du réseau de transaction en yuans qui traverse désormais la planète), des banques multipolaires ou mondiales comme la banque BRICS ou la toute nouvelle Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), vers laquelle les pays européens, après avoir boudé la banque BRICS, se ruent désormais à l’invitation des Chinois (Londres d’abord, puis Paris, Rome et Berlin)[7], au point que les États-Unis, après avoir « grondé » les Européens pour leur enthousiasme[8], se retrouvent obligés de marquer une certaine volonté de coopération[9]. Même Israël, qui s’est fait courtiser par l’AIIB, comme par hasard pendant les négociations avec l’Iran a décidé de poser sa candidature[10]. Il manquait à toute cette ingénierie le terrain d’application. La Route de la soie en fournit la première trame. Le monde multipolaire est à construire, les milliards et les milliards qui flottaient dans l’air des marchés financiers occidentaux vont à nouveau pouvoir trouver où se poser. C’est un véritable New Dealque nous proposent les Chinois, nous l’avons vu, mais cette fois, il est mondial. L’Occident a inventé la globalisation, mais c’est la Chine, et les BRICS, qui ont bouclé le processus et mis en place la globalité. Pour lire la suite, abonnez-vous au GEAB. —————————————– [1] Source : Business Insider, 02/04/2015 [2] Selon une étude de 2013 (déjà), 80 % des Américains ont fait face au chômage au cours de leur vie professionnelle, ou pendant au moins un an ont dépendu des aides de l’État ou ont vécu avec des revenus inférieurs à 150 % du seuil de pauvreté. Source : Associated Press, 28/07/2013 [3] Source : Bloomberg, 02/04/2015 [4] Source : CNBC, 16/03/2015 [5] Source : MarketWatch, 25/03/2015 [6] Source : China Stock Markets web [7] Source : Le Monde, 17/03/2015 [8] Source : The Guardian, 13/03/2015 [9] Source : Xinhuanet, 30/03/2015 [10] Source : Japan Times, 02/04/2015

              http://geab.eu/2015-le-krach-mondial-naura-pas-lieu/

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              • UE/UK/US – Union, dislocation, réinvention : la grande transformation systémique de l’Occident


                Pour le quatrième mois consécutif, assorti de toutes les précautions d’usage, notre équipe continue de penser que le pic de la crise est désormais derrière nous. Entre cinq minutes avant ce pic et cinq minutes après, il est évident que les deux photos peuvent être identiques, en revanche le film n’a rien à voir… C’est que la perspective est radicalement différente. Le randonneur en montagne le sait : après le passage du col, la descente semble a priori plus facile que la montée (direction clarifiée, gravité alliée, réconfort en vue…). Mais attention quand même, avant de retrouver la route bitumée, les obstacles et risques de chute sont encore bien présents, peut-être même aggravés par le sentiment de facilité associé à la fatigue de la montée. Cette impression de fin de randonnée est exactement ce que ressent notre équipe depuis quatre mois déjà. Certains de nos lecteurs s’étonnent de nous voir chausser des lunettes roses. Les lunettes sont-elles roses ou bien est-ce le coucher de soleil de cette crise qui s’annonce ? Depuis 2006, le GEAB a entrepris d’analyser et d’anticiper les différentes étapes de ce que le coordinateur de notre équipe, Franck Biancheri, a décidé d’appeler la « crise systémique globale », que l’on peut résumer à une gigantesque transition entre deux systèmes globaux : le monde unipolaire occidentalo-centré, d’une part ; le monde multipolaire, d’autre part, dans lequel nous sommes désormais entrés et que plus personne n’est en mesure de nier – même si certains posent l’hypothèse d’une néo-unipolarité, cette fois sino-centrée, en gestation[1]. Cette gigantesque mutation globale a été permise et s’est accompagnée d’une autre transformation systémique majeure liée à la « révolution » Internet, qui a provoqué une réorganisation, ou plutôt une « organicisation »[2], profonde et totale de toute la structure sociale et des modes d’organisation et d’activité au niveau mondial. Comme GEAB l’a écrit il y a bien longtemps, le système mondial qui s’effondre sous nos yeux était vieux de 500 ans. Il était né des grandes découvertes de la Renaissance qui ont donné un avantage de cinq siècles à l’Europe, puis à ses avatars russe et américain, au détriment de grandes civilisations préexistantes comme la Chine ou l’Iran. Ce monde occidentalo-centré n’existe aujourd’hui plus, et c’est l’Occident lui-même qui a enclenché cette transition en inventant la colonisation, puis la décolonisation, puis la culpabilité post-coloniale, puis la coopération, puis les processus d’intégration régionale, puis la globalisation, puis Internet… L’Occident a créé/voulu d’une certaine manière cette multipolarisation qui n’a donc pas de raison de faire si peur à certains. Il est temps d’assumer les conséquences de nos politiques et de nos discours et d’accepter de partager la planète. Et c’est ce qui est en passe d’arriver. La meilleure preuve est actuellement fournie par Obama qui, après être apparu instrumental dans les escalades de tensions euro-russes l’an dernier, s’est transformé cette année en véritable artisan de la paix au Moyen-Orient avec ce revirement stratégique à 180° vis-à-vis de l’Iran. Sans oublier les tentatives récentes de renouer un dialogue constructif entre Kerry et Lavrov, tentatives qui, malgré leur non-aboutissement au moindre progrès bien entendu à ce stade, ont le mérite d’exister. Le col de la montagne de la crise systémique globale est bien derrière nous, même si des glissades sont encore devant nous, glissades qui peuvent être douloureuses, mais qui ne feront que nous rapprocher elles aussi de la plaine en vue, glissades qu’il nous appartient encore de continuer à tenter d’anticiper. Dans ce numéro de GEAB, notre équipe a choisi de se concentrer sur les caractéristiques de la réorganisation désormais en cours de trois acteurs du monde occidental : l’Union Européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis, trois « unions » politiques qui doivent impérativement se réinventer pour devenir compatibles avec le monde multipolaire. Or, notre équipe estime que ce processus de réinvention est désormais en cours, entraînant enfin l’Occident sur la voie de son indispensable transformation systémique. Les sous-parties de l’article :
                1. Europe : retour à la méthode communautaire
                2. Royaume-DésUni: la fin du Royaume-Uni tel qu’on l’a connu… et sa réinvention
                3. 2015-2016 : d’ici la fin de son mandat, Barack Obama entreprend de mériter son prix Nobel de la paix

                Notre équipe a choisi de rendre public la partie intitulée : « Europe : retour à la méthode communautaire ».

                Europe : retour à la méthode communautaire Comme nous l’avons déjà expliqué, depuis le traité de Maastricht en 1992 l’Union Européenne a cédé à la tentation de dupliquer à son niveau tous les outils de l’État-nation. La méthode communautaire inventée par les pères fondateurs fut pourtant une vraie innovation politique dont les principes de structure plate coordonnant la diversité du continent ont été oubliés par plusieurs générations de politiques et technocrates sans imagination : incapables de concevoir autre chose qu’une super-structure étatique, incapables de la démocratiser, incapables de l’imposer… L’UE n’a réussi qu’à générer des résistances nationales et à se donner aux intérêts les plus puissants, intérêts que personne n’a souhaité voir devenir l’intérêt collectif européen pour lequel l’appareil institutionnel européen avait pourtant été créé.

                La démocratisation avance La double ère Barroso a poussé à ses dernières limites cette logique, aboutissant au désaveu citoyen exprimé dans d’innombrables voix euro-sceptiques et euro-critiques, dont aucune n’est pourtant anti-européenne. Ni Tsipras, ni Orban, ni même Le Pen n’envisagent désormais de sortir de l’UE. En revanche, tous la veulent à leur idée : partageant les richesses pour le premier, connectée à la Russie pour le second, traitant les questions migratoires pour la troisième, etc. Finalement, c’est bien la démocratie européenne qui commence à se mettre en place, dont la première condition est l’émergence d’un débat public européen désormais audible. Une citoyenneté européenne voit le jour. De la pyramide aux réseaux Côté système politico-institutionnel, Juncker nous a envoyé ce mois-ci un signal fort sur les bases conceptuelles de sa vision organisationnelle de l’Europe. En lançant son projet de « Réseau sécuritaire »[3]qui vient remplacer l’ancienne idée d’Agence européenne de renseignement, il donne le ton : le niveau européen cesse de vouloir se substituer aux États-membres pour devenir le chef d’orchestre d’un concert des nations européennes mises en musique. L’UE prend le parti de devenir l’instance de coordination des outils de souveraineté de ses membres, souverainetés nationales à la fois réaffirmées, mais qui ne s’épanouiront qu’à travers leurs combinaisons et de leur coopération. Retour au principe du « e pluribus unum » originel. Relation transatlantique : le fil sécuritaire en moins Bien sûr, on peut regretter que le premier terrain d’application de cette « méthode communautaire réinventée » soit la sécurité. Et en même temps… Il faut bien partir des thèmes où l’intérêt des États à coopérer est le plus impérieux. Quant à savoir pourquoi cet intérêt est si impérieux, il est probable que, outre l’évident objectif de gestion des menaces transfrontalières terroristes, il soit devenu urgent pour l’UE de se dégager du système pré-existant en ce domaine, à savoir le système germano-américain révélé actuellement par les attaques contre Merkel[4]. Cette tentative d’émancipation couve depuis longtemps désormais. Nous avons suivi attentivement les accusations de la NSA par Merkel concernant des écoutes inacceptables[5], puis nous avons vu la justice allemande conclure qu’il n’y avait pas de preuve de ces écoutes[6], avant que l’affaire ne ressorte sous un jour tout à fait nouveau via ces accusations contre Merkel, cette fois, de coopération inconstitutionnelle entre la NSA et le BND. En réalité, depuis le 11 septembre, les Américains ont convaincu les Européens des risques pesant chez eux et que, en l’absence d’une Europe du renseignement, ils n’avaient d’autre recours que de coopérer avec les services étasuniens via l’Allemagne qui, en matière de sécurité et de défense, est une mini-Amérique sur le continent européen[7]. La simultanéité de tout ceci avec le jugement retentissant des écoutes de la NSA aux États-Unis, où la justice américaine a réussi ce coup de force de juger illégales les écoutes de la NSA et à condamner cette agence[8], ne saurait être un hasard. L’ancien système de renseignement transatlantique, et un point majeur de la tutelle américaine sur l’Europe, est en train de disparaître. Reste l’Otan… qui a exactement les mêmes caractéristiques : en l’absence d’une Europe de la défense, l’Otan protège l’Europe. Unité réaffirmée Ce dernier point nous amène à cette absence des leaders européens aux commémorations de la victoire contre le nazisme organisées par la Russie[9], absence dont les Européens doivent être conscients qu’elle envoie un signal épouvantable au reste du monde : l’Europe s’est rangée du côté du nazisme… C’est vraiment ainsi qu’il faut savoir que le reste du monde a lu l’absence des dirigeants européens aux côtés des puissances émergentes… et de l’Onu. En effet, Ban Ki Moon était à Moscou, de même qu’il est du côté de l’Iran dans la guerre civile au Yemen. Cela dit, les « lunettes roses » de notre équipe lui permettent de déceler dans cette attitude européenne de bonnes raisons aussi. Le fait est que la crise ukrainienne, de même qu’elle a mis à mal l’intégrité de l’Ukraine, menace celle de l’UE. D’aucuns estiment que la dislocation de l’UE, et notamment de son flanc oriental[10], est désormais inéluctable. Il est donc actuellement de première importance de réaffirmer l’unité et la solidarité européennes. L’absence de TOUTE l’UE aux célébrations russes, y compris celle notoire de plusieurs pays qui avaient commencé par accepter l’invitation, telles la Grèce, la République Tchèque, Chypre, la Hongrie et la Slovaquie[11], indique qu’il y a eu négociation autour de ce besoin de marquer l’unité. Mais nous anticipons que cette concession faite aux pays baltes et à la Pologne responsabilise ces quatre pays et ne sera pas sans contreparties. Or, pour une coordination européenne de la défense, la Pologne est instrumentale… les Baltes aussi, d’une certaine manière. Grèce : modernisation en cours Quelques mots également sur la Grèce qui, comme anticipé, trouve encore l’argent nécessaire au remboursement des intérêts dûs au FMI[12]. Au cours des quatre dernières semaines, notre équipe a surtout remarqué la ponction des liquidités des municipalités grecques par Athènes[13]. Là où les médias ont vu une Grèce aux abois, nous voyons un Tsipras qui, jouant des pressions européennes, en profite pour affaiblir les caciques locaux – pour l’essentiel membres des deux partis institutionnels qui, pris dans un système clientéliste, interdisent toute modernisation de l’appareil d’État grec – et centralise les outils de la réforme de son pays : argent et pouvoir. La modernisation du système politico-institutionnel grec, priorité pour l’Europe du XXIe siècle, avance vite… Frontières de l’UE atteintes Sur le plan de sa délimitation, l’UE enfin se pose. Dès le début de son mandat, Juncker a prévenu que l’élargissement allait connaître une pause : réduction de la DG Élargissement, moratoire de cinq ans sur tout nouvel élargissement… Aujourd’hui, même les accords de libre-échange perdent en ambition[14]. Il faut dire que, d’une part, les citoyens européens sont plutôt contre la logique d’élargissement sans limite, élargissement dont tout le monde sait depuis longtemps qu’il empêche le tant attendu approfondissement politique, désormais prioritaire, de l’UE ; et d’autre part, l’essentiel des élargissements/accords de libre-échange ciblent les pays de la CEI/Union eurasiatique (Moldavie, Georgie, Azerbaidjan, Biélorussie, Ukraine…) dans lesquels les populations sont loin d’être entièrement favorables à l’intégration européenne (les Ukrainiens nous le disent haut et fort) et qui nécessitent, bien sûr, une entente préalable avec la Russie. Un chemin bien mal emprunté. Avec l’Ukraine, l’UE non-idéologique a compris qu’elle avait rencontré ses limites géographiques. Il est dommage qu’elle n’ait pas su les voir elle-même et que ce soient ses voisins qui aient été obligés de lui rappeler qu’une entité politico-institutionnelle qui ne se donne pas de frontières prend inévitablement les caractéristiques d’un empire. Le temps est donc venu de s’entendre avec nos voisins sur les règles de mitoyenneté : reconstruire une relation transatlantique d’égal à égal hors de tous liens de servitude, construire un partenariat UE-Union Eurasiatique prenant acte du projet d’intégration régionale russe, coopérer à la mise en place de l’Union du Maghreb Arabe en contribuant à la résolution du litige lié au Sahara Occidental entre Maroc et Algérie[15], etc. L’Europe doit construire ses relations de voisinage, non plus sur la logique du fort au faible, mais sur celle d’égal à égal. Et notre équipe se réjouit de lire ici et là que l’UE parle désormais de négociations menées en trilatérale avec les pays de la CEI[16], où « trilatérale » veut dire EU-Russie-pays concerné, seule et unique solution à la résolution notamment de la guerre civile ukrainienne, comme l’explique par exemple la présidente de LEAP dans une lettre adressée à une association d’étudiants ukrainiens[17]Abonnez-vous pour lire la suite —————————————————————– Notes: [1] Une hypothèse à laquelle notre équipe a tendance à ne pas croire : les premières réactions anti-chinoises sont parfaitement prises en compte par les Chinois, l’émergence de l’Inde comme prochaine super-puissance démographique vouée à dépasser en taille la Chine à l’horizon 2025, tout cela nous donne l’indication que la multipolarité a de l’avenir. [2] Mot composé sur la base de l’adjectif « organique » qui correspond aux caractéristiques des structures sociales permises par Internet notamment, connectant directement les cellules au tout. [3] Source : EUObserver, 12/05/2015. [4] Source : The Guardian, 07/05/2015. [5] Sources : The Guardian, 24/10/2013. The Guardian, 17/12/2013. [6] Source : Vox, 12/12/2014. [7] N’oublions pas que l’Allemagne seule, avec 38 491 militaires nord-américains sur son territoire, accueille près de 25 % des forces US dans le monde (hors US), soit 160 000 personnes (source : Wikipedia) ! Ce chiffre permet de comprendre la difficulté pour une Merkel ou pour tout autre chef de l’exécutif allemand à imposer ses vues si celles-ci ne concordent pas avec celles de l’« allié » américain. On voit au passage à quel point l’Allemagne a besoin du reste de l’Europe pour mettre fin à sa mise sous tutelle. Seule, elle en serait parfaitement incapable. [8] Source : CNN, 07/05/2015. [9] Source : The Hindu, 09/05/2015. [10] Nous avons d’ailleurs nous-même anticipé ce risque dès le début de la crise ukrainienne : à une époque où tous les médias occidentaux misaient au contraire sur des pays de l’Est violemment anti-Russes, entraînant l’Europe occidentale dans cette dynamique, nous anticipions une division de l’Europe orientale entre anti-Russes et non anti-Russes. [11] Source : Der Spiegel, 10/04/2015. [12] Source : The Guardian, 11/05/2015. [13] Source : Ekathimerini, 25/04/2015. [14] Source : EUObserver, 13/05/2015. [15] Source : Le Maghreb, 04/01/2014. [16] Source : Euractiv, 15/04/2015. Nous rappelons que cette configuration trilatérale des négociations, demandée par le Parlement ukrainien en Novembre 2013 pour cause de « sécurité nationale », avait été rejetée par la Commission Barroso, un rejet dont nous estimons qu’il porte une très large responsabilité dans les plus de 6 000 morts ukrainiens. [17] Source : AAFB, 24/04/2015.

                http://geab.eu/ueukus-union-dislocation-reinvention-la-grande-transformation-systemique-de-loccident/

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                • Otan, FMI, tensions, divisions, Grexit… Horizon 2020 : le retour des guerres européennes ?


                  Devant la combinaison de certains indicateurs plutôt inquiétants ces derniers mois, nous en sommes venus à nous poser la question de la probabilité d’un retour des guerres européennes à l’horizon 2020.
                  En effet, ce n’est pas parce que notre équipe continue à voir les pistes de sortie de crise se mettre en place qu’elle ne garde pas sa vigilance sur les obstacles qui demeurent sur la route. Des obstacles qui nous semblent de deux natures essentiellement :
                  . d’une part, les efforts des maîtres du « monde d’avant » pour garder la main, conflits anachroniques et ancrés dans le passé, générés par des puissances de plus en plus isolées, mais aussi de plus en plus agressives, au nombre desquelles on trouve surtout l’appareil militaire US, mais pas seulement ;
                  . d’autre part, les étincelles, « naturelles » celles-ci, susceptibles de naître des immenses frottements entre plaques tectoniques, image évoquant le mieux les rééquilibrages géopolitiques en cours.

                  Sommaire de ce numéro :
                  1. Perspectives : Otan, FMI, tensions, divisions, Grexit… Horizon 2020 : le retour des guerres européennes ?
                  2. Telescope : 2015-2020 : Le grand isolement de l’« Amérique dure »
                  3. Focus : Crise grecque : la tentation d’écarter le FMI

                  Notre équipe a choisi de rendre publique la partie Focus, intitulée : « Crise grecque : la tentation d’écarter le FMI »
                  Crise grecque : la tentation d’écarter le FMI
                  À en croire nos médias, il semblerait que le monde entier soit suspendu à l’accord grec recherché par l’UE, la BCE et le FMI. Entre rebondissements et enlisement, la tension monte et désormais le défaut de paiement de la Grèce n’est pas exclu[1]. Cataclysme ou opportunité ?
                  La Grèce restera dans la zone euro
                  Nous l’avons toujours dit et nous le maintenons : la Grèce restera dans la zone euro. Il est étrange que, jusqu’à très récemment, tous les médias associaient défaut de paiement et grexit. Ce temps est révolu : les deux problématiques sont désormais bien séparées, comme il se doit, et c’est un signe que la Grèce gardera la monnaie unique. Qu’elle fasse défaut, en revanche, est une possibilité. Et si tel est le cas, ce sera un défaut voulu, organisé, et même concerté entre Européens. Le cas grec n’est pas sous le microscope mondial depuis six ans pour que l’issue de la crise se produise de manière inattendue.
                  On assiste d’ailleurs à une reprise en main politique de la zone euro, avec Merkel et Hollande qui veulent un « renforcement de la zone euro »[2], avec Juncker qui insuffle une énergie politique nouvelle, et avec Sigmar Gabriel (vice-chancelier allemand) et Emmanuel Macron (ministre de l’Économie français) qui demandent une « intégration radicale » de l’Eurozone[3]. Tout cela n’est évidemment pas très compatible avec une sortie désordonnée de la Grèce de la zone euro. Juncker et Tsípras, qui bataillent depuis des mois pour obtenir un accord, n’envisagent pas plus l’un que l’autre de grexit. Un grexit qui n’est qu’un fantasme des marchés financiers et des médias.
                  Le FMI : une épine dans le pied européen
                  Certes, ce grexit aura été recherché, sciemment ou non, par quelques acteurs de la partie de poker qui se joue actuellement, et en particulier l’acteur washingtonien. Chacun connaît les positions historiques du FMI en matière de gestion d’endettement souverain. L’affaire grecque ne fait pas exception : des trois membres de la troïka, le FMI est de loin le plus idéologiquement exigeant dans ses demandes envers la Grèce[4].
                  Si la tragédie grecque dure depuis si longtemps, ce n’est pas la taille du problème qui est en question. Il a certes fallu injecter environ 240 milliards d’euros dans l’économie grecque – ou plutôt dans les banques et le système financier grec afin que celui-ci ne s’effondre pas (ce qui aurait risqué d’entraîner tout le système européen). Un tel montant ne représente que le quart du QE de la BCE, par exemple, ou une petite partie des plans de relance européens et du soutien aux banques.
                  Non, si la tragédie grecque dure depuis si longtemps, c’est qu’il y a une autre raison. Les Allemands qui ne voudraient pas payer ? Ils sont loin d’être les seuls à payer (ils représentent seulement 22 % des fonds prêtés) et ils l’ont toujours fait jusqu’à présent, finalement sans trop rechigner. La raison est plutôt à aller chercher du côté du FMI et de ses exigences démesurées et bien trop néolibérales pour le continent européen. Un « allié » imposé par Washington en 2010, mais qui représente moins de 20 % des aides (et dont plus de la moitié a maintenant été remboursée). Un allié encombrant dont l’Europe voudrait bien se débarrasser pour gérer son problème seule, sans ingérence des États-Unis. D’autant qu’elle s’est enfin créé les moyens de le résoudre, ce problème, grâce notamment au FESF (Fonds européen de stabilité financière), puis à son successeur, le MES (Mécanisme européen de stabilité).

                  Figure 1 – Répartition de la dette grecque (320 milliards d’euros). Source : La Croix.
                  L’occasion rêvée de se débarrasser du FMI
                  Le dénouement du problème grec est donc intimement lié à la résolution du problème FMI. Un problème qui ne vaut « plus que » 21 milliards d’euros.

                  Figure 10 – Sommes dues par Athènes à ses créanciers et échéancier des remboursements.
                  Source : WSJ.
                  De nombreuses sources doutent que la Grèce dispose de la somme exigée par le FMI au 30 juin (1,6 milliard d’euros), et le ministre de l’Intérieur a lui-même exclu un remboursement du FMI sans aide extérieure[5].
                  À en croire le ministre de l’Économie, Yánis Varoufákis[6] (qui regrette la méthode employée et aurait aimé négocier directement avec les États-membres européens), la troïka n’a en fait jamais vraiment négocié et s’est contentée d’imposer ses desiderata. Une façon de jouer au poker en pariant que la Grèce craquerait ? Peut-être. Mais surtout une gestion technocratique d’une crise grecque aux implications éminemment politiques… et un jeu très risqué, car les messages envoyés par le gouvernement grec aux peuples européens (que ce soit les tribunes de Tsípras ou les interviews de Varoufákis dans les journaux européens) sont limpides et finissent par porter leurs fruits : qui ne comprend pas qu’ils ont raison[7] et qu’ils ont par ailleurs mis une extraordinaire bonne volonté à poursuivre les négociations sans utiliser leur argument décisif, à savoir le défaut et la sortie de la zone euro ?
                  C’est l’idée que nous défendons depuis plusieurs mois déjà qu’il y a accord tacite entre la Grèce et l’Eurogroupe, où le gouvernement Tsípras est envoyé au combat contre le FMI et ses exigences démesurées.
                  Les dirigeants européens auront-ils le courage d’assumer un défaut de paiement pur et simple de la Grèce ? Vraisemblablement pas, car les conséquences sont assez imprévisibles[8]. Mais une autre solution naturelle existe, comme Varoufákis le mentionne : que le MES (qui a été créé pour cela) avance l’argent que la Grèce doit au FMI[9]. Pas de défaut de paiement, solidarité européenne et évincement du FMI (puisque celui-ci serait intégralement remboursé) : il y a beaucoup d’avantages à cette solution. Même le FMI y trouverait son compte, car il comprend bien que tout le monde est maintenant dans le même bateau et qu’il vaut mieux être remboursé par l’Europe que de continuer à mettre de l’huile sur le feu et risquer une explosion du système financier dans son ensemble. Et puis, imaginons un instant le signal qu’enverrait un refus de remboursement de la Grèce au FMI en direction de tous les débiteurs de cette institution. Le FMI envisage-t-il vraiment d’aller jusqu’au bout de la logique ? Ou tout cela n’est-il, comme nous le supposons depuis des mois, qu’une mise en scène entre des acteurs qui ont tous intérêt au changement et ont pour cela besoin d’une situation de tension extrême pour justifier leur mouvement ?
                  La solution de Varoufákis est indéniablement le bon compromis. Mais si vraiment elle ne peut pas être appliquée, il en existe une autre, plus violente et imprévisible, mais au même potentiel de dénouement de crise.
                  Défaut de paiement en zone euro : rêve ou cauchemar ?
                  En effet, au point où en sont les négociations, l’alternative maintenant la plus crédible est plus violente : laisser la Grèce faire défaut partiel. A priori, il faudrait pour cela un courage politique bien plus grand que ce dont nos dirigeants sont capables – à moins que les atermoiements européens ne poussent Tsípras à bout (il ne faut pas oublier qu’il a là une carte majeure en main). Cette option n’est donc guère probable d’après notre équipe. Cela dit, elle aurait des conséquences intéressantes et de moins en moins taboues.
                  Elle obligerait en effet à remettre à plat les dettes de la zone euro (et peut-être même mondiales). Car pourquoi soulager la Grèce d’une partie de ses dettes, quand l’Espagne, l’Italie, le Portugal ou la France, par exemple, luttent eux aussi avec leur endettement ? Cela aurait le mérite de lancer une réflexion sur le sujet[10], avec la possibilité d’effacer purement et simplement une partie de la dette publique[11].
                  Les dettes privées ont été transformées en dettes souveraines qui écrasent les États, et pas seulement la Grèce, désormais incapables de la moindre action de relance économique. Un assainissement forcé via un défaut partiel et réfléchi aurait certes des conséquences désagréables pour quelques établissements financiers parasites, mais ce serait enfin un moyen d’apurer le système – cet apurement qui est la clé pour sortir de la crise systémique globale.
                  La tentation doit donc être forte d’organiser le non-remboursement de certains créditeurs ou du FMI et d’enclencher un processus d’annulation de la dette, surtout dans un contexte de remontée des taux d’intérêt sur le point de réduire à néant tous les efforts d’austérité menés par les pays endettés.
                  La grande négociation autour du cas emblématique grec est sans doute avant tout et surtout un grand temps de réflexion et de préparation à l’application d’une solution définitive qui pourrait, après tout pourquoi pas, consister à pousser les Grecs à déclencher la grande bombe de l’annulation des dettes qui écrasent la planète.
                  Mais notre pronostic va tout de même au choix de solution « raisonnable » de transfert de dette sur l’Eurozone marquant la reprise d’indépendance financière du continent européen…. Pour lire plus, inscrivez-vous au GEAB
                  ——————————————-
                  Notes:
                  [1] Source : Le Monde, 13/06/2015.
                  [2] Source : Reuters, 26/05/2015.
                  [3] Source : Guardian, 03/06/2015.
                  [4] « Le FMI toujours sur une ligne très dure » ; « Le FMI plus exigeant que la Commission »… Source : Le Monde, 27/05/2015.
                  [5] Source : RT, 25/05/2015.
                  [6] Il faut lire cette interview très claire : Tagesspiegel, 09/06/2015.
                  [7] Un exemple récent en date concerne cette remarque de Varoufákis plaidant non coupable dans l’incapacité pour le gouvernement de traiter la question de l’évasion fiscale compte tenu du fait que le système judiciaire du pays est à l’arrêt faute d’argent (voir lien précédent). Que répondre à cela ?
                  [8] Les enjeux sont bien résumés ici : Bloomberg, 25/05/2015.
                  [9] Autre solution : que le QE de la BCE profite enfin à la Grèce…
                  [10] Que certains ont d’ailleurs déjà commencée : 60 % de la dette publique française serait « illégitime ». De là à l’effacer, il n’y a qu’un pas. Source : Guardian, 09/06/2014.
                  [11] Au minimum, effacer la dette détenue par d’autres États européens ne peut pas faire de mal, mais les montants ne sont pas très élevés.

                  http://geab.eu/otan-fmi-tensions-div...europeennes-2/

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